En route vers le « Grexit » ?

Alexis Tsipras, premier ministre grec et leader de SYRIZA,

Alexis Tsipras, premier ministre grec et leader de SYRIZA

La Grèce va-t-elle quitter la zone Euro d’ici la fin de la semaine prochaine ? Dans un article précédent (sur mon blog en anglais), j’étais assez optimiste quand à une solution négociée à propos de la situation financière de la Grèce et de son renflouement. Selon des fonctionnaires européens et nationaux, négociateurs de l’Eurogroupe, un accord était proche et tout devait rentrer dans l’ordre. La Grèce n’allait pas être en défaut de paiement et assurer son remboursement.

Mais la décision d’Alexis Tzipras d’organise un référendum sur les négociations actuelles avec la Troika (FMI, Commission et Eurogroupe) a tout remis en cause. Pour justifier sa décision, l’actuel dirigeant grec argumente que les Grecs devraient avoir leur mot à dire au nom de la démocratie. Une façon pour le leader de SYRIZA de forcer ses partenaires européens de faire d’importantes concessions et, pourquoi pas, continuer à financer l’économie grecque sans faire le moindre effort, autrement dit, à poursuivre les réformes structurelles.

Certains analystes politiques semblent effrayés par ce que va suivre désormais : le Grexit n’est plus de l’ordre de l’hypothèse, c’est même une possibilité, surtout si le FMI refuse de faire les concessions que souhaite Tzipras et les Grecs rejettent le plan proposé par la Troïka. En effet, personne ne peut prédire ce qui va se passer, sauf que la situation va s’empirer davantage.

Caricature de Nicolas Vadot parue sur le blog "Coulisses de Bruxelles" de Jean Quatremer

Caricature de Nicolas Vadot parue sur le blog « Coulisses de Bruxelles » de Jean Quatremer

Alexis Tzipras sait pertinemment qu’il n’est pas de l’intérêt de son pays de quitter la zone Euro car son pays en a besoin. Mais en proposant un référendum, il veut mettre ses partenaires européens devant un fait accompli : « Je suis prêt à mettre à mal à la construction européenne si vous refusez mes propositions de sortie de crise. Si vous êtes vraiment attachés à l’Union européenne, vous n’avez pas d’autres choix que d’accepter mes conditions ».

Il s’agit d’une stratégie hasardeuse quand on sait que l’Eurogroupe et son président Jeroen Dijssesmbloem semble très réticent à faire de nouvelles concessions à Tzipras considérant qu’en décidant d’un référendum, il a de fait quitté la table des négociations. La Grèce est sous assistance de l’UE depuis bien des années et sait qu’elle doit faire les réformes nécessaires pour sauvegarder son économie et assurer sa stabilité politique. Alexis Tzipras a remporté les précédentes législatives en promettant la fin de l’austérité persuadé que ses partenaires, craignant un Grexit, lâchent du lest et pourquoi pas, dispenser le pays de poursuivre les réformes structurelles notamment sur les retraites et les dépenses publiques par exemple. Tzipras est clairement dans la posture et voit dans le référendum une solution de sortie pour conserver sa légitimité.

150106-grexit-2En faisant appel à son peuple, le leader de SYRIZA espère concrètement obliger l’Union et le FMI d’adopter une position plus modérée et à les faire plier sur ses propositions. C’est un coup de poker mais face à la fermeté de ses partenaires, le gouvernement grec semble prendre conscience d’avoir pris d’importants risques pour son avenir immédiat et ce n’est pas par hasard que Yanis Varoufakis, le ministre des finances, a déclaré que la porte des négociations était toujours ouverte.

Les eurosceptiques de gauche (radicale) et d’extrême droite doivent surement sabrer le champagne après la décision d’organiser un référendum. Mais ils ne devraient pas pavoiser au bout du compte. Si le Grexit se produit effectivement, les conséquences politiques et économiques seront inestimables pour la Grèce mais aussi le reste de l’Europe et la France. Un accord de dernière minute devrait être trouvé, peut-être, d’ici le 30 juin mais bon ! il s’agit de l’avenir de l’Union européenne et ce n’est pas uniquement un problème grec, cela nous concerne également.