« Οχι » : et maintenant ? On fait quoi ?

CJKsj1EWIAA1cx1Les Grecs ont sans aucune ambiguïté rejeté le projet d’accord proposé par la Troïka à 61% contre 39% uniquement.

Les partisans de la gauche radicale et les militants nationalistes en Grèce comme dans le reste de l’Europe vont probablement célébrer ce qu’ils considèrent comme une victoire totale sur le FMI mais également une Union européenne qu’ils abhorrent. Selon eux, il était nécessaire que la Grèce vote Non pour rendre au peuple grec sa dignité, prouver que l’Union est clairement non-démocratique et qu’il est temps de démanteler la construction européenne et d’imposer une Europe des nations, in fine.

Le contexte a été bien tendu en réalité. Tsipras a décidé de consulter les Grecs sans qu’il donne le temps pour débattre sereinement. Dans un contexte dominé par une forte et grande austérité, un chômage élevé et une pauvreté grimpante, il est plutôt et finalement logique que la population ait largement soutenu le « non »

Alexis Tsipras, premier ministre de la Grèce en compagnie de Yanis Varoufakis, ministre de l'économie et des finances

Alexis Tsipras, premier ministre de la Grèce en compagnie de Yanis Varoufakis, ministre de l’économie et des finances

Alexis Tsipras a gagné son pari et renforce sa légitimité politique. La Troïka et les leaders nationaux européens devront prendre en considération cette nouvelle donne et accepter de renégocier avec un leader qui a été confirmé par ses concitoyens et ce, sans aucune ambiguïté. Cependant, le plus dur est à venir pour le dirigeant hellénique. Durant la (très courte) campagne référendaire, Alexis Tsipras a promis qu’un « non » ne signifierait pas le « Grexit » mais une nouvelle ère pour son pays, un nouvel espoir et apporterait une nouvelle dignité pour les Grecs.

Mais après sa victoire sans conteste, Tspiras devra faire des concessions et prouver qu’il est un leader, un homme d’Etat capable de faire d’importantes et profondes réformes structurelles pour son pays. Comme Guy Verhofstadt l’a bien expliqué sur sa page Facebook : « c’est à Tsipras désormais de proposer un paquet de réformes crédible. C’est ce qui fera de lui un leader qui propose des solutions ou un faux prophète. S’il démontre qu’il est crédible et fait des propositions de réformes sérieuses dès que possible, les leaders européens donneront une seconde chance aux négociations ».

Il est bien évident que Tsipras s’est servi du référendum comme posture politique et pour réaffirmer sa légitimité politique. Fatigués par l’austérité et l’instabilité politique, les Grecs ont préféré faire confiance et soutenir leur Premier ministre. Désormais, charge pour Tsipras de prouver qu’il veut réformer son pays pour qu’il reste dans la zone Euro et l’Union européenne. Ce qui veut dire qu’il doit faire des concessions et accepter certaines demandes de ses partenaires. Mais jusqu’à présent, Tsipras ne cesse de rejeter tout compromis par pur calcul politique.

XVMfbc70b88-2182-11e5-93d6-2261d4e29204Les jours et les semaines à venir seront très importants, pour ne pas dire cruciales pour le futur de l’Union européenne. En effet, une sorte de malentendu s’est installé entre la Grèce et ses partenaires. Quelques soient les décisions prises, les leaders nationaux doivent mener de nouvelles initiatives afin d’assurer l’intégration européenne et prouver que l’Europe est encore utile. Peut être que l’option (voire, l’alternative) fédéraliste est arrivée et qu’il est temps de clairement la promouvoir. Autrement dit, le « non » grec sera vu comme un « non » à l’Europe définitivement. Les Grecs, qui ont fait énormément jusqu’à présent, ne doivent pas être dupés de nouveau.

3 thoughts on “« Οχι » : et maintenant ? On fait quoi ?

  1. 6 juillet 2015 at 12:03

    Tsipras était face à un mur. Il n’a cessé de faire des compromis. Mais compromis ne signifie pas compromission et maintien d’une austérité qui ne profite qu’aux créanciers. Pour l’instant, l’Europe n’est utile qu’à la finance qui a bien profité des différents plans d’aide (80% de l’argent est allé aux banques françaises et allemandes).
    Plus l’UE s’enfonce dans le néolibéralisme, plus elle ressemble paradoxalement à l’ex bloc de l’est: Belle performance.

    1. gilles
      6 juillet 2015 at 12:54

      Certes Tsipras était face à un mur mais je pense également que cela faisait partie de sa stratégie. Maintenant, c’est à lui de faire de nouvelles propositions pour sortir l’UE de l’ornière !

  2. 6 juillet 2015 at 7:10

    Oui et non… ou l’inverse. Si Tsipreas ne répond pas à la question que lui pose l’Eurogroupe (réformer en profondeur pour continuer à alimenter la Grèce en liquidités), il est assez incontestable que l’Eurogroupe ne remplit pas non plus ses obligations. Depuis un peu plus d’une semaine, la seule action de ses dirigeants est de tenter de décrédibiliser cette gauche qui s’exprime : il faut absolument montrer aux peuples européens que la gauche n’est pas une alternative. Pour l’instant, c’est raté, comme l’Europe démocratique, l’Europe des peuples, l’Europe solidaire, etc… Seule existe l’Europe de la finance, qui se donne un nouveau pouvoir, celui d’exclure. Là aussi, on répond à une question sans y répondre.