Un terrible malentendu

AP_398855879478Un jour après le séisme. Les Grecs ont largement voté contre les plans anti-austérité proposés par le FMI, la BCE et la Commission européenne, approuvant Alexis Tsipras qui a donc toute légitimité pour négocier avec ses partenaires

De leur côté, les partenaires européens attendent qu’Athènes fasse de nouvelles propositions afin de sortir le pays de la crise, condition sine qua none pour reprendre d’hypothétiques négociations bien qu’un Grexit semble désormais le solution envisagée.

La plupart des responsables politiques eurosceptiques français ont chaudement applaudi le résultat du vote référendaire grec d’hier. Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan… tous ont estimé que le « Non » comme l’expression claire et la volonté du peuple grec contre une Union non-démocratique. L’heure du démantèlement de l’Union européenne était ainsi que la mise en oeuvre, immédiate, d’une Europe des nations.

Alexis Tsipras avait déclaré qu’un « Non » renforcerait la position de la Grèce au sein des négociations avec les créanciers et ne signifierait en aucun cas une sortie de la zone Euro. En faisant cette promesse électorale, la plupart des Grecs a soutenu et approuvé la stratégie de Tsipras persuadé que la Grèce ne quitterait pas la zone Euro voire l’Union européenne contrainte et forcée, tout en s’en prenant aux plans d’austérité.

greece_eu2C’est grâce (ou à cause) de cette ambiguïté que Tsipras a remporté son pari et sauvé sa tête. Mais maintenant, il doit faire d’ambitieuses et claires concessions à ses partenaires européennes, s’il reste réellement que son pays reste membre de la zone euro. En effet, l’Europe politique reste encore (malheureusement) la somme d’intérêts nationaux allant vers une ambition européenne. Ces intérêts sont tous basés sur une légitimité démocratique et défendues par des leaders représentants les exigences de leur peuple.

Et il est difficile de concevoir que les opinions publiques portugaises, espagnoles, irlandaises et cypriotes accepteront que la Grèce obtienne de nouvelles concessions de l’UE aussi facilement. Leurs Etats-membres ont également connu des mesures d’austérités et des plans de sauvegarde amers pour relancer leur économie. Leurs citoyens ont fait nombre de sacrifices pour remettre leur pays sur les rails et ils ne comprendraient pas pourquoi les Grecs en seraient exemptés.

Comme l’explique Michiel van Hulten, bloggeur néerlandais et consultant en affaires européennes basé à Bruxelles, un terrible malentendu existe entre la Grèce et ses partenaires. Athènes est persuadé que l’Union européenne ne la lâchera pas car il n’a aucun intérêt de le faire même si le gouvernement Tsipras ne fait pas les réformes structurelles indispensables au bout du compte. Mais d’un autre côté, les partenaires européennes, Allemagne en tête, exigent que la Grèce respecte ses engagements et se réforme pour être moins dépendante d’eux.

2298795Merkel, Hollande et Tsipras devront en tout cas trouver un accord clair et ambitieux pour sortir de ce bordel politico-économique. Si Tsipras échoue à maintenir la Grèce dans la zone euro, cela deviendra un vrai souci politique pour lui et le Premier ministre devra en rendre compte à ses concitoyens qui n’ont pas voté pour le Grexit. Si Merkel et Hollande échouent, ils devront également rendre des comptes à leurs opinions publiques pour avoir été incapables de dépasser les intérêts nationaux au profit de l’intégration européenne. Et ils donneront dans le même temps raison à Marine Le Pen et les autres europhobes.

En clair, il est vraiment temps de sortir de ce malentendu !