Corbyn, une véritable chance pour le Labour ?

Jeremy Corbyn, nouveau chef de file du Parti travailliste britannique

Jeremy Corbyn, nouveau chef de file du Parti travailliste britannique

Je n’ai pas d’opinion tranchée sur Jeremy Corbyn et sa large victoire en tant que nouveau patron du Parti travailliste.

Hier, il a été en effet élu avec près de 57% du vote des militants à l’issue d’une campagne qu’il a largement survolé, en apparence. Je dis « en apparence » parce que je n’ai pas tellement prêté attention à la campagne interne du Labour.

Mais en élisant Corbyn en tant que nouveau patron travailliste, les militants et sympathisants viennent d’envoyer un message dénué d’ambiguïté : ils veulent que la gauche britannique revienne sur sa gauche et diffuse un discours et une stratégie plus radicaux face aux Tories et David Cameron.

Cela n’est pas surprenant en soi, en effet en mai dernier, le parti travailliste a perdu un bon nombre de sièges et de circonscriptions comparé aux Conservateurs qui ont décroché la majorité absolue. Dans le même temps, le SNP, Parti national écossais, a remporté 56 des 59 sièges disponibles en Écosse, symbolisant dans le même temps une alternative progressiste (et indépendantiste) après des décennies de domination travailliste.

Je ne connais Jeremy Corbyn, ce député de 66 ans issue de l’aile radicale du Labour et qui veut rendre son parti plus fort et offensif vis-à-vis le Parti conservateur au pouvoir. Nombre de responsables politiques issus de la gauche radicale européenne ont salué sa victoire comme signe d’un réel espoir et retour aux valeurs de gauche, comme Raquel Girardo, le secrétaire nationale du Parti de gauche en charge de l’international, s’est empressé de faire sur Twitter, une fois les résultats connus.

Capture d’écran 2015-09-13 à 13.10.12Mais Corbyn est-il une véritable chance pour le Parti travailliste britannique ? Pour être honnête, je n’en sais rien et pour être véritablement honnête, je ne crois pas que le nouveau leader puisse être l’homme de la situation. Tout d’abord, Corbyn devra définir une stratégie politique pour ramener son parti au pouvoir tout en prenant en compte des réalités économiques, politiques et sociales de son pays. En défendant une idéologie plus radicale, Corbyn arrive probablement à séduire les militants qui ont été déçus et s’estiment avoir été dupés par Edward Milliband et sa stratégie lorsque ce dernier était le chef de file de son parti. Tandis que l’ex-chef de l’opposition officielle détient par son manque de charisme et semble être terne, Corbyn semble être le contraire et venir de la base et comprendre celle-ci. Autrement dit, Corbyn, avec son discours fort et sincère, est pour les gens qui ont voté pour lui, l’homme qui peut aider le Labour à retrouver son identité politique et pourquoi pas, le faire de gauche pour de vrai.

Routledge-CartoonNombre d’analystes politiques semblent plus ou moins inquiets à propos de Corbyn en tant que nouveau chef des travaillistes en raison de sa profonde opposition à l’OTAN (il est clairement et profondément antimilitariste), à l’arme nucléaire et à son euroscepticisme, malgré le fait que son parti ait récemment décidé de soutenir le « Oui » au référendum relatif au maintien ou non de la Grande-Bretagne au sein de l’Union européenne. Le premier (et probablement le plus important, pour ne pas dire le plus crucial) défi qui attend le nouveau leader sera de rassembler son parti et ses différentes factions. Facile à dire mais difficile à faire quand on sait que Corbyn clive beaucoup.

Qui plus est, une position plus radicale du Labour pourrait s’avérer une aubaine pour David Cameron. Bien qu’il ait posté sur Twitter que « le parti travailliste soit désormais devenu une menace pour la sécurité nationale » de son pays, je pense au contraire qu’il ne voit pas en Corbyn un véritable challenger aux Tories et donc une alternative sérieuse. Surtout si le nouveau chef des travaillistes maintient une position radicale et échoue à rassembler son parti.