Tel père, tel fils ?

Justin Trudeau, chef du parti libéral, élu premier ministre du Canada, le 19 octobre à Montréal

Justin Trudeau, chef du parti libéral (en compagnie de sa femme Sophie), élu premier ministre du Canada, le 19 octobre à Montréal

Justin Trudeau a été élu Premier ministre du Canada, la nuit dernière, obtenant 183 sièges sur 338, soit la majorité absolue, permettant à son parti, le Parti libéral de revenir aux affaires après neuf ans d’opposition.

Le Premier ministre et leader conservateur sortant, Stephen Harper, lors de la soirée électorale, en Alberta

Le Premier ministre et leader conservateur sortant, Stephen Harper, lors de la soirée électorale, en Alberta

Trudeau va donc succéder à Stephen Harper qui a reconnu sa défaite et devrait démissionner en tant que leader conservateur dans les prochains jours. Le Premier ministre élu mettra en œuvre sa stratégie à travers une politique économique et sociale destinée aux classes moyennes via une baisse d’impôts et des plans d’investissement.

Je ne suis pas un fan de Trudeau mais je dois reconnaître que je l’ai sous-estimé. Le dirigeant libéral est progressivement apparu comme une alternative crédible et sérieuse aux politiques de Stephen Harper surtout vis-à-vis de Thomas Mulcair. Le leader du NDP (néo-démocrate) avait longtemps fait la course en tête dans les intentions de votes, au point que la perspective qu’il devienne le premier chef à la tête d’un gouvernement néo-démocrate était une possibilité. Mais le leader de l’opposition officielle a eu une vision plutôt confuse concernant la polémique du niqab, ce qui a causé beaucoup de torts au leader néo-démocrate qui n’a jamais réussi à se rattraper.

Thomas Mulcair, chef sortant de l'opposition officielle et chef du NPD lors de l'annonce des résultats à Montréal

Thomas Mulcair, chef sortant de l’opposition officielle et chef du NPD lors de l’annonce des résultats à Montréal

Trudeau va donc diriger un gouvernement majoritaire avec un nombre confortable de députés à Ottawa, ce qui constitue une surprise dans la mesure où les instituts de sondage prévoyaient un gouvernement minoritaire. Le nouveau dirigeant canadien est conscient qu’il est attendu au tournant et devra apporter des résultats concrets assez rapidement. Sur le plan intérieur, il devra tenir ses promesses faites aux classes moyennes et sur le plan international, il devra restaurer l’influence et la réputation du Canada dans le monde après une décennie de gouvernement Harper, marquée par le retrait du protocole de Kyoto ou encore l’alignement sur les Etats-Unis.

Trudeau sait également qu’il sera immanquablement comparé à son père. En effet, Justin est avant tout connu pour être le fils de Pierre-Elliot Trudeau, l’un des plus importants et charismatiques premiers ministres de l’histoire du Canada. Certaines personnes lui avait reproché, durant un temps, d’être un « fils de », utilisant le nom de son père pour avoir une légitimité, notamment lorsqu’il devient chef libéral en 2012. Trudeau doit prouver qu’il n’est pas (seulement) un fils de mais un véritable leader capable de donner un nouveau sens au Canada et pour les Canadiens, capable aussi d’intégrer et de respecter le Québec.

En effet, après avoir voté néo-démocrate en 2011, les Québécois ont stratégiquement reporté leurs suffrages sur le Parti libéral cette fois-ci afin de barrer la route à Harper. Justin Trudeau devra se montrer reconnaissant malgré sa majorité absolue en considérant autrement le Québec et les Québécois qui semblent avoir oublié le temps où le père Trudeau avait rapatrié la Constitution sans l’accord du gouvernement du Québec en 1982. Mais comme je viens de l’écrire, le Québec n’a pas voté Trudeau, il a surtout voté contre Harper.

Caricature réalisée par Garnotte et parue dans "Le Devoir", en juin 2015

Caricature réalisée par Garnotte et parue dans « Le Devoir », en juin 2015

Trudeau ouvre peut-être, une nouvelle ère dans la vie politique canadienne et poursuit la dynastie familiale. C’est à lui de démontrer qu’il a une vision et une stratégie pour son pays en étant lui-même et non en profitant de son statut de « fils de », comparé à son père. Il a toute la législature pour le faire (les prochaines élections fédérales ne devraient pas se tenir avant l’automne 2019) et apparaître comme celui qui n’a pas battu Harper mais comme un leader charismatique et crédible, comme son père, il y a trente ans.