Dix ans après, morts (vraiment) pour rien ?

Allée portant le nom de Zyed et Bouna, dévoilée lors des commémorations du 27 octobre

Allée portant le nom de Zyed et Bouna, dévoilée lors des commémorations du 27 octobre

Je ne me souviens plus exactement de l’endroit où je me trouvais lorsque j’ai appris la mort de Zyed et Bouna. En revanche, je me souviens de l’émotion puis de la colère que leurs décès avaient suscité dans les quartiers de Seine-Saint-Denis comme dans le reste de notre pays.

Des voitures qui brûlent, des écoles saccagées, des abribus défoncés… des maires qui exprimaient leur désarroi – je pense notamment au regretté Claude Dilain, véritable « maire-courage » de Clichy sous Bois – et des responsables politiques entre démagogie, décalage et impuissance, tous lancés dans une sorte de compétition, celui qui aura la plus grosse pour mater la soi-disant racaille sans pour autant faire un diagnostic de la situation et surtout donner des solutions concrètes.

Dix ans après, on « commémore », cet événement majeur de notre Histoire récente. On célèbre, on rend hommage, on fait aussi des (énièmes) annonces. Lundi, aux Mureaux, Manuel Valls a annoncé un énième plan contre les discriminations, là où Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale et candidat à la présidence de la région Ile de France, s’insurgeait contre le fait que les jeunes des quartiers populaires subissaient la discrimination en dépit de leurs parcours exemplaires, notamment à l’accès à l’emploi ou au logement. Et hier, à Clichy sous Bois, on dévoilait une plaque en hommage à Zyed et Bouna.

Mais en dix ans, peu de choses ont évolué, c’est du moins le sentiment qui m’anime. Certes, on me dira que des avancées ont été faites en matière de politique de la ville, ce qui est effectivement le cas. Toutefois, le sentiment qu’ont certains de stagner ou pire de ne pas trouver leur place dans la société quand on vient des quartiers (comme on dit pudiquement) persiste, avec ce fameux plafond de verre qui non seulement existe mais semble s’être consolidé années après années !

Plaque commémorative dévoilée hier soir à Clichy sous Bois

Plaque commémorative dévoilée hier soir à Clichy sous Bois

Dix ans après, ce sont les mêmes discours de compassion, de promesses et d’indignation qu’on prononce toutes tendances politiques confondues. Les mêmes promesses d’égalité et de lutte contre les discrimination qui sont faites mais qui sont reçues dans l’indifférence générale de nombreux jeunes (diplômés) croyant de moins en moins à ces paroles, car s’estimant être lésés. Le résultat des dernières élections locales est une douloureuse piqure de rappel.

A l’heure où la plupart de nos responsables politiques réaffirment leur engagement et font de nouvelles promesses, il serait enfin temps de passer aux actes et aux réalisations concrètes notamment en matière de lutte contre les discriminations et le chômage. La gauche au pouvoir a porté énormément d’espoirs en 2012, avec l’élection de François Hollande et après dix ans de politique sarkozyste stigmatisante pour ne pas dire humiliante pour ces jeunes qui veulent férocement s’en sortir et veulent que les promesses d’égalité et d’émancipation dans la société française s’applique enfin à eux. Un espoir pour l’heure déçu dans la mesure où nombre d’habitants des banlieues ayant soutenu François Hollande semblent se détourner du chef de l’Etat et se réfugier dans l’abstention, voire dans le vote FN, car s’estimant lésés, pour ne pas dire trahis.

7187457En ce 27 octobre, il est serait temps pour la gauche de relever ce défi et de s’engager résolument pour les quartiers, au-delà des discours de convenance et autres promesses électorales. Histoire de se dire que Zyed et Bouna ne soient pas morts pour rien, une bonne fois pour toutes.

2 thoughts on “Dix ans après, morts (vraiment) pour rien ?

  1. 28 octobre 2015 at 5:56

    « S’engager résolument. » On est bien d’accord. Mais faut arrêter les parlottes et passer à l’action. La première chose c’est de créer cinq à six millions d’emplois parce que le reste relève du détail. Nombre de détails risquent même de s’effacer par ce seul changement. Ah oui, faudrait aussi arrêter le délit de faciès. Et le candidat Hollande n’a qu’à tenir enfin sa promesse de campagne sur les contrôles d’identité. Ce qu’il fera quand les poules auront des dents…

    1. gilles
      29 octobre 2015 at 9:41

      Bien d’accord sur le contrôle au faciès mais ce qui manque cruellement, c’est la volonté politique. Si De Gaulle était encore en vie, il aurait frappé du poing sur la table, car il aurait estimé que la situation des banlieues n’honorait pas la France.